Voila, voilà. Je me mets (enfin !) à rédiger ma petite note d'ambiance sur l'Université d'été du
PS !
Bon, il faut bien l'avouer, je n'ai pas fait preuve d'une assiduité extraordinaire ! Bah oui quoi, on n'est pas des forçats de
l'info nouzôtres blogueurs et le port de la
Rochelle est accueillant et il faisait chaud et la bière n'était pas franchement dégueulasse ... Bref, n'attendez pas que je vous fasse un rapport détaillé de tous les ateliers. Du reste, vous pouvez lire les synthèses sur le
site des UE du PS.
Et puis nos chers journalistes ont fait un
travail magnifique, n'est-ce pas ?
Et surtout, à plusieurs, on a réussi à couvrir à peu près l'événement :-)
Abadinte d'abord, qui nous explique - avec une remarquable mauvaise foi - qu'il
n'a rien fichu le samedi à cause de notre arrivée à
dagrouik,
blogiboulga et moi. (
Blogiboulga qui n'a toujours pas écrit une ligne sur le sujet mais a
twitter comme un fou avec Ronald dès que la connexion - pourrie, il faut le dire !- le permettait).
Et
Dagrouik, donc, qui a surtout suivi l'affaire du
Coop-Pol socialiste.
Comme je ne suis pas encartée, je suis arrivée avec la ferme intention de suivre tout cela de l'oeil critique de celle qui zone dans le
no man's land politique après la terrible déception des aventures
modemistiques où l'on nous promettait monts et merveilles et celle, non moins cruelle, du
congrès de Reims.
Première surprise, contrairement aux
bisounours oranges qui aiment se
transformer en
porte drapeaux à chaque réunion nationale, les militants du
PS n'arborent pas de
Tshirts systématiquement roses pour devoir se reconnaître. On est là pour bosser, on sait ce qui nous relie, pas besoin de signes extérieurs particuliers.
Autre particularité, beaucoup de caméras et de
journaleux partout, preuve que le
PS fait encore vendre du papier malgré ceux qui voudraient le voir déjà enterré.
Seconde et excellente surprise, les thématiques des ateliers sont vraiment intéressantes. Et les intervenants de qualité. Pour ma part, j'ai suivi celui consacré à la
comparaison entre sociologie militante et sociologie électorale et j'ai été franchement bluffée par le réalisme des interventions, le langage sans concession ni langue de bois et par le fait que les militants eux-mêmes exprimaient une réelle prise de conscience et une forte volonté d'ouverture et de changement.
L'Hypos buvait du petit lait en entendant les "camarades", ici réunis, décidés à remettre le "travailleur" et sa réalité multiple (incluant les ouvriers, les employés mais aussi - ce qui m'a fait plaisir - les cadres et agents de maîtrise, notamment ceux du privé) au coeur du discours et du projet.
Seul bémol, mais sans grand étonnement, la conclusion de l'élue parisienne Colombe
Brossel présente à la tribune qui a notoirement temporiser les propos et conclusions (certes assénées mais particulièrement judicieuses !) de
Rémi Lefèvre.
Autre déception, la conclusion bâclée par manque de temps et qui devait ouvrir sur des propositions et des perspectives ....
C'est d'ailleurs bien là que le bât blesse à mon avis : lors du discours de clôture de Martine Aubry, je n'ai rien entendu qui rappelle les exposés, travaux et discussions ayant eu lieu dans les ateliers. Je dois quand même concéder que
Martine Aubry nous a gratifiés de certaines envolées qui donnaient de petits frissons et quelques belles formules amusantes pour croquer la
sarkozie.
Et j'aime assez l'idée de l
'offensive de civilisation (
"Il ne suffira pas pour la gauche de proposer quelques adaptations ou de mieux gérer, c’est le système tout entier qu’il faut changer. Nous devons conduire une offensive de civilisation, transformant profondément notre façon de produire, de redistribuer, de consommer mais aussi de vivre ensemble") qui s'oppose à la médiocre politique de civilisation proposée par le
nano.
- Une offensive de civilisation, c’est vouloir une société fondée sur des valeurs d’humanité, l’égalité, la justice, à rebours de la brutalité de tant d’oppression, d’exploitation, de marchandisation, ou tout simplement de renoncement ; c’est vouloir une société qui laisse sa trace et c’est pour cela que la culture est aussi importante, pour nous, les socialistes.
- Une offensive de civilisation, c’est vouloir une société où le mieux-être supplante les injonctions à consommer à outrance. Oui, il nous est permis, à nous socialistes, de lancer ce questionnement et ce débat sur un avenir post-matérialiste. Devons-nous passer à côté d’aspirations essentielles, qui ne se résument pas à la possession de marchandises ?
- Une offensive de civilisation, c’est vouloir une société qui développe de nouveaux liens entre les personnes, des solidarités concrètes et collectives, indispensables à une société du souci de l’autre et de la responsabilité. Qui va prendre soin, aider et accompagner les personnes âgées dépendantes pour ne prendre que cet exemple ? Quel va être à l’avenir le partage des responsabilités entre les familles, le marché et l’Etat ? Voilà des questions auxquelles nous avons à répondre.
- Une offensive de civilisation, c’est vouloir une société d’individus respectés dans leur identité comme dans leurs aspirations. Nous y avons toujours répondu à gauche, en défendant la culture, la laïcité, l’éducation. Ces combats restent plus que jamais d’actualité. De nouveaux défis sont devant nous, comme la construction de services publics personnalisés capable d’écouter chaque personne, d’éviter les traitements anonymes ou stéréotypés, de respecter le principe d’égalité tout en prenant en compte les besoins de chacun. Comment ne pas le rappeler en cette rentrée où l’Ecole est plus que jamais malmenée ? Nous devons défendre l’école de la République, mais nous devrons aussi proposer une réforme ambitieuse. Ne renonçant en rien à porter chaque enfant au plus haut –sinon que serait notre rêve d’émancipation ?-, mais prenant en compte chaque enfant tel qu’il est dans les méthodes pédagogiques, dans les rythmes scolaires.
Malgré cette belle idée - à laquelle je ne vois pas qui, parmi les gens que je connais, pourrait refuser d'adhérer - le discours de
Martine Aubry m'a fait irrémédiablement penser à ceux maintes fois entendus lors des grand-messes
modemistiques, ce qui, vous vous en doutez, n'est pas un compliment de ma part...
Le discours de Aubry ressemble à un inventaire bric-à-brac de politique générale - entremêlant sempiternelles antiennes
antisarkozystes, constats mille fois entendus aux intonations mélodramatiques
et propositions trop vagues ou irréalistes.
Le genre de prestation qui a pour but de galvaniser facilement la foule militante et de complaire à tout l'électorat.Intonations mélodramatiques
"Une crise économique sans précédent depuis 1929" "La dette explose" "Aucune famille n’est épargnée par le chômage" "Penser aux jeunes dont la situation est dramatique" "Cette rentrée est dure. Elle est dure pour tous les Français"...,
Propositions trop vagues
"Une vraie réforme de la santé tournera le dos aux franchises médicales, aux déremboursements, à la transformation de l’hôpital en entreprise. Elle confortera notre système de soins fondé sur la qualité de nos hôpitaux publics. Elle développera la recherche en matière de santé. Elle s’engagera enfin vers une politique de prévention tant négligée et pourtant si nécessaire. Elle luttera contre les déserts médicaux et contre les inégalités"
Propositions irréalistes
"Le Parti socialiste propose une procédure de mise sous tutelle de l’entreprise par le tribunal de grande instance sur saisine des salariés en amont des licenciements ; un administrateur judiciaire serait nommé pour gérer l’entreprise le temps nécessaire pour faire cesser des pratiques contraires aux intérêts de l’entreprise et de ses salariés."
Antiennes
antisarkozystes et
anti libérales
"Oui, le Président de la République s’arroge tous les pouvoirs" "le système libéral a non seulement la preuve de son inefficacité économique et de son injustice sociale mais a conduit à une société porteuse de violence, en panne de sens et en grave crise morale" "Dérive autoritaire, dérive sécuritaire aussi" "La droite n’accepte pas que nous gouvernions 20 régions sur 22"
Je ne peux m'empêcher de voir dans cette allocution
"politiquement correcte" que j'ai l'impression d'avoir mille fois entendue, une sorte de
déni de changement. D'autant que certains passages ont résonné à mes oreilles comme des alertes.
Parlant de démocratie, Martine Aubry s'attache davantage à parler des régions que de la démocratie interne au PS dont elle ne dit mot.Parlant de projet, elle soutient qu'il "
ne s’écrit plus à huis clos" mais déclare avoir en personne et "en votre nom"(?!?) décidé d'un certain nombre d'actions et d'orientations.
parlant des primaires, elle utilise une formule sibylline qui laisse songeur
"Nous proposerons aux Français d’être des activistes de notre projet. Ils pourront constituer le socle de nos primaires ouvertes"Bref, ce discours final ne m'a pas convaincue de la réelle volonté de changement des Etats majors socialistes. Surtout que l'Interview d'Arnaud Montebourg , Secrétaire national à la rénovation, que nous avions réalisée la veille m'avait déjà laissé un goût d'inachevé et de langue de bois (mais j'y reviendrai).
On me dira que je suis trop pessimiste, que je suis mauvaise camarade (;-), que je fais un procès d'intention ... Peut être... Je souhaite pourtant que cette rénovation soit effective et se réalise dans les plus brefs délais.
Car ce sujet, à peine évoqué par Aubry, me semble - bien plus encore que le programme à court terme - l'étape essentielle pour que se relève le PS.