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lundi 3 mai 2010

Syndicalisme : 20 millions d'oubliés, ça fait pas un peu beaucoup ?


"Les défilés du 1er mai en France samedi n'ont pas fait le plein de manifestants.
La CGT, qui organisait les manifestations avec la CFDT, la FSU et l'Unsa (fonctionnaires, surtout) ainsi que Solidaires (Sud et autres syndicats), a revendiqué 350.000 manifestants dans tout le pays. Le ministère de l'Intérieur en a compté 195.000.
Des chiffres très inférieurs à ceux de l'année dernière"
La Tribune



S'il y a bien une chose qui m'aurait empêchée de hurler de rire hier, alors que nous étions tous censés nous fendre la poire et garder la banane, c'est bien les discours lénifiants de nos leaders syndicaux, à la suite d'un premier mai foireux.

Certes, j'avais d'autres raisons plus personnelles d'être préoccupée, mais ce n'est pas à la lecture de leurs déclarations que j'aurais pu me dérider !

Bernard Thibault ouvre le bal des guignols avec une belle pirouette : pour lui, cette mobilisation est tout de même "supérieure aux rendez-vous traditionnels" du 1er-Mai. (Et pourquoi ne pas reprendre, je vous le demande, une moyenne sur le siècle tant qu'on y est ?)

Fausse barbe reprise par François Chérèque qui en modifie à peine la formulation en reconnaissant une mobilisation "certes un peu moins [importante] que l'année dernière" mais "plus importante que les 1er-Mai traditionnels".

Bernard Thibault en rajoute une couche en oubliant sans doute que nous ne sommes pas complètement abrutis. Il explique ainsi la baisse de participation par "le contexte de crise" actuel en France. (Contexte de crise qui, la veille, justifiait pour lui que nous soyons en foule dans les rues !).

François Chérèque reprend sur un thème tout aussi décalé : "Il ne faut jamais faire du 1er-Mai un test social, le 1er-Mai a toujours été une journée de rassemblement pour exprimer les difficultés du jour". (Mais n'était-ce pas justement sur ces "difficultés du jour" que les mots d'ordre étaient centrés ??).

Enfin, pour se déresponsabiliser pleinement, M. Chérèque préfère taper sur les petits copains : Ceux qui ont décidé de faire route à part ont tort car cela affaiblit le mouvement social" et ils "portent une responsabilité dans les difficultés du moment et de demain". Une pathétique tactique qui ne trompe plus l'opinion publique. (Un spectacle de Guignol, je vous dis !).

Quant aux "traitres" selon Chérèque, eh bien ?.... ils sont ravis ! : "Au nom de la direction de FO, Michèle Biaggi, présente dans le cortège, s'est dite "très satisfaite" du niveau de la mobilisation. "

La seule qui semble encore en phase avec la réalité est Bernadette Groison de la FSU qui déclare qu'"On aurait tort de penser que si les mobilisations sont moins fortes que l'an dernier, cela vaudrait acquiescement de la politique gouvernementale".


Moi, j'ai bien aimé la remarque de l'ami Dagrouik sur Twitter, je me suis reconnue...


Parce que la vérité, elle est bien là. Dans une France de plus en plus précarisée et clivée, les syndicats ne semblent plus défendre qu'une poignée de salariés que d'aucuns pourraient même considérer comme privilégiés.


Voici pour preuve, un petit rappel chiffré sans concession :

  • "En France, 25,6 millions de personnes ont un emploi (chiffres 2008). Mais avec des statuts très différents.
  • Parmi elles, 2,8 millions d’indépendants, soit 10,8 % de l’ensemble : un groupe au sein duquel les inégalités sont parfois extrêmes, entre l’artisan maçon soumis aux aléas du bâtiment et le chirurgien de renom.
  • Les écarts sont aussi énormes parmi les 22,5 millions de salariés. Les salariés les plus soumis aux aléas économiques sont les 2,8 millions d’employés en statut précaire"
  • "5,5 % de l’ensemble des actifs sont à temps partiel et souhaiteraient travailler davantage, soit 1,4 million de personnes."
  • " Près d’un métropolitain sur cinq vit en milieu rural. Les « Français des champs » sont au nombre de 11 millions, soit 18% de la population de France métropolitaine. Un récent rapport de l’Igas montre que cette France des champs est beaucoup plus pauvre que la France des villes. "
  • Quand au taux de chômage, il connaît un rebond et repasse au-dessus de la barre des 10%. "Au total, on compte 2.727 millions de chômeurs au sens du BIT (personne de 15 ans ou plus qui n'a pas travaillé, recherche activement un emploi et est disponible dans les deux semaines) en France métropolitaine."

Tant que les syndicats n'auront pas reconsidéré leur manière d'envisager la réalité du marché de l'emploi en France et continueront de défendre des acquis sociaux auxquels de moins en moins de gens peuvent effectivement prétendre, leurs appels à la mobilisation resteront de piètre effet.


Aussi, tandis que près de 20 millions de personnes se sentent exclus, in fine à juste titre, des préoccupations, des réflexions, des revendications et surtout de l'action concrète des syndicats, je bouillonne de colère et d'impuissance en écoutant les Thibault-Chérèque !


vendredi 15 janvier 2010

C'est où ? C'est en France ...


Quand j'apprends que Sarkozy, toujours prompt à lustrer son image sur fond de douleurs humaines, envisage de se rendre en Haïti,
Quand je constate que les journaux ne glosent plus que sur la polémique d'un débat malsain proposé par une chaîne publique,...




... Quelques chiffres dansent sous mes yeux, trouvés sur le site de l'observatoire des inégalités...

  • Deux fois plus d'élèves de 6ème ayant redoublé,
  • Un écart de réussite au brevet de -12 points en 2008,
  • Davantage de lycéens orientés vers des filières techniques ou professionnelles,
  • Des fonctionnaires de l’Education nationale moins expérimentés, plus jeunes et avec moins
  • d’ancienneté dans le même établissement,
  • Un taux de chômage global aux alentour de 20% ,
  • Largement plus de la moitié des jeunes hommes (de 16 à 25 ans) sans emploi,
  • Presque deux fois moins d'emplois stables pour ceux qui travaillent,
  • Un revenu par foyer globalement deux fois moindre qu'ailleurs,
  • Un tiers des foyers sous le seuil de pauvreté ....

C'est où ?

C'est en France, dans les Zones Urbaines Sensibles.


Voir le dernier rapport Rapport 2009 de l’Observatoire national des zones urbaines sensibles (ONZUS) .



"Je veux une politique d’égalité des chances sur l’ensemble du territoire. Je veux une France où l’on ne parlera plus de quartiers sensibles, mais de quartiers populaires où il fait bon vivre."

Nicolas Sarkozy, Président de la République le 8 février 2008


Il y a presque deux ans déjà ...



samedi 7 novembre 2009

Taxe professionnelle: les victimes inattendues de la réforme


Le projet de loi de finance (PLF) pour 2010 propose la suppression de la taxe professionnelle. Entreprises et particuliers s'inquiètent.

La réforme fiscale ne profite pas à toutes les entreprises de manière équitable :

- Les grands gagnants: les industriels, puisque leurs investissements (machines outils, équipements lourds) sont très importants. Le chef de l'Etat l'a dit clairement: cette réforme fiscale vise à stopper la délocalisation des usines, soumises à une concurrence internationale forte.

- Côté perdants: les entreprises de service, telles que l'intérim, le conseil ou les services à la personne. Elles génèrent une forte valeur ajoutée et sont donc particulièrement touchées par la cotisation complémentaire.

Or, amputer la valeur ajoutée, c'est réduire les capacités d'embauche du secteur, insiste Christian Poyau, ancien président de Croissance Plus, dans une tribune publiée par Les Echos. Les services emploient 70% des actifs.


Les ménages, victimes collatérales

Réduire les taxes sur les entreprises, cela reviendra à terme à augmenter la charge fiscale sur les ménages, selon l'Association des petites villes de France (APVF).

Plus précisément, les ménages "payaient 48% de l'impôt local, ils en paier[ont] 73% après la réforme", selon l'ancien ministre socialiste André Laignel cité par le mensuel Maires de France.


Merci qui ?


Extraits de e24


mardi 13 octobre 2009

Que serait Jean Sarkozy sans papa ?


Notre first-of-all à nous se questionne sur la fin des privilèges de naissance dont se félicitait ce matin le nicolas1er du coucou dans son discours sur le lycée.

Conclusion du concis billet "Ah. Et les nominations à l'EPAD ? Inspiré par Napoléon... "


Sûr que dans la série des passe-droits qui agitent la blogosphère (sans secouer l'opinion semble-t-il hélas) , l'élection (car on est en république n'est-ce pas ?!) de Sarkozy fils à la tête de l'EPAD soulève la polémique.

Et la polémique enfle et atteint les rivages de l'Afrique... Là où réside "l'homme africain qui n'est pas rentré dans l'histoire" et qui se gausse un tantinet.

Et voilà que l'on reparle de l'ambition politique des fils de président ! Et, cette fois-ci, pas en Afrique, un continent qui semble avoir l'apanage de la chose, mais bien en France, patrie de la Liberté, de l'Egalité et de la Fraternité.
Être fils de président doit-il forcément apporter des avantages ou, au contraire, se révéler un handicap pour celui qui choisit de nourrir des ambitions politiques ? On le voit, la question est très délicate et il serait bien risqué d'oser la trancher au couteau.

Pour le cas de Jean Sarkozy, on peut quand même comprendre que l'on se pose de légitimes questions quant aux compétences et à l'expérience d'un jeune homme de 23 ans, étudiant de 2e année en droit (seulement) et qui aurait sur les épaules la charge de diriger le plus grand quartier d'affaires d'Europe"

Et l'homme africain de rajouter :
"On a beau croire qu'"aux âmes bien nées la valeur n'attend point le nombre des années" [interrogé sur la candidature du fils Sarkozy, Patrick Devedjian, le président sortant de l'EPAD, a cité ce vers de Corneille, extrait du Cid], tout de même il existe quelque part quelque chose qui vous suggère qu'à une autre âme bien née, mais descendant d'une souche différente de celle de Sarkozy, on demanderait peut-être de faire preuve d'un peu moins d'empressement."

Extrait de Courrier International, un article de Jean-Claude Kongo du journal burkinabé Le Pays.


En tout cas, moi j'adore quand l'homme africain se moque du nanocrate :-) ...

mercredi 7 octobre 2009

Résistance


"Le nom de Walter et le mot résistance, Gilles Perret les a toujours associés. Avant même de savoir ce que cela signifiait, Gilles savait que son voisin Walter avait été déporté dans un camp de concentration du nom de Dachau ....

Sans prétention et avec la même simplicité et constance que Walter, ce documentaire (Walter, retour en résistance) révèle l'actualité, l'importance, et la nécessité, d'une résistance au quotidien."





Hier, beau coup de gueule et appel à la résistance d'un auditeur sur le répondeur de "là-bas si j'y suis" après l'émission consacrée aux suicides chez France Télecom...Qui me fait réfléchir à nouveau sur la résistance civile .

Résistance civile qui - d'après une étude très poussée de Maria Stephan et Erika Chenoweth, fonctionne et me semble toujours malheureusement d'actualité, non seulement pour les peuples luttant pour la démocratie mais également sans doute pour ces travailleurs que maltraitent certaines entreprises.

Je reprends donc ici l'article (trouvé sur Sciences Humaines.com en décembre dernier et déjà paru sur mon ancien blog) qui défend l'efficacité de la résistance civile non-violente.


"S’appuyant sur des études de cas très précises les deux auteures affirment que de 2000 à 2006, des populations civiles très organisées ont été capables de déployer des méthodes non violentes – boycotts, grèves, manifestations, non-coopération systématique – afin de défier des pouvoirs pourtant fortement enracinés, exiger et obtenir des concessions politiques.

Plusieurs raisons expliquent, selon les auteures, cette efficacité des campagnes de résistance civile.
  • L’utilisation de la violence par une seule des parties et la possibilité de ne pas entrer dans des processus sans fin de violences/attaques/représailles sont un immense avantage en termes de légitimation internationale.
  • La résistance non violente est également fortement déstructurante pour le pouvoir en place: elle affaiblit de façon considérable le soutien social aux régimes répressifs.
  • Enfin, la résistance non violente incite la communauté mondiale à user rapidement de sanctions internationales fortes.

Mais au-delà des mécanismes détaillés de cette efficacité, c’est la capacité d’un groupe social à créer du politique – et à ne pas s’effondrer dans la déstructuration sociale – qui est déterminante.

Dans ce cadre, les campagnes civiles de résistance sont à la fois des moyens de maintenir la cohérence et la structure du groupe, et un mode d’action contre un pouvoir répressif.

Ainsi, a contrario d’une grande partie de la science politique actuelle, pour qui les luttes violentes sont nécessaires parce que plus efficaces, l’article conclut que les campagnes de lutte non violentes ont été couronnées de succès dans 53 % des cas, contre 26 % seulement pour les campagnes de résistance violente ". (Article original en anglais :Document complet)


Dans les entreprises, ces modes d'actions sont déjà mis de plus en plus souvent en pratique.

Dans un article de janvier dernier sur "les nouvelles formes de résistance au travail", je citait les enquêtes de Réponse et Acemo qui soulignaient une évolution des modalités de conflit dans les entreprises qui conduit à la multiplication d'actions individuelles ou inter-individuelles telles que :
  • Le débrayage d'une durée de moins d'une journée (non comptabilisé dans les chiffres de grève)
  • Le refus des heures supplémentaires
  • Une augmentation de l'absentéisme
  • Le recours aux pétitions
  • La création de blogs de salariés

Quand on sait que les services de l'Etat étaient tout à fait au courant des problèmes humains qui se posaient chez France Télécom et la manière dont ceux-ci ont laissé les choses amplifier au point de générer d'insupportables drames personnels, on se demande si, effectivement, l'injonction conjointe du film de Gilles Perret et de l'auditeur de France Inter n'est pas pas la seule voie d'action encore possible pour être entendu.





vendredi 25 septembre 2009

Que pèsent 156 décès par an en France ?



Mercredi 23 septembre, Nadine MORANO conviait à déjeuner toutes les anciennes secrétaires d'Etat ou ministres des droits des femmes de ces trente dernières années, "d'Yvette Roudy à Simone Veil, en passant par Michèle André, Anne-Marie-Couderc ou Nicole Ameline".
"Je veux montrer qu'au-delà des clivages politiques, nous sommes unies pour faire bouger les lignes. Au fil des ans, les choses ont avancé, bien sûr, mais il faut maintenant aller plus loin." Le Monde

Comme l'explique Osiris sur son blog, Morano semble d'engager sur trois sujets en particulier : l'égalité des salaires entre hommes et femmes (voir blog de la lutte contre la discrimination) , le congé parental et la violence conjugale.


Sur ce dernier sujet, Nadine Morano a annoncé que le bracelet électronique pourrait bientôt être imposé aux maris ou conjoints violents, sur prescription judiciaire.
"Je souhaite que l'on enseigne dès l'école, aux garçons, que l'on n'a pas le droit de porter la main sur une fille, mais aussi qu'on expérimente le procédé du port du bracelet électronique pour les conjoints violents, comme en Espagne. C'est un débat que je souhaite porter au niveau du gouvernement", avait-elle déjà déclaré en aout dernier.

Ce bracelet permettra aux victimes d'être prévenues par un petit boîtier qui déclenchera l'alarme dès que leur conjoint violent s'approchera trop près d'elles.


Ce dispositif pourrait concerner environ 2 000 époux violents chaque année. Il ne remplacera pas la peine de prison, mais sera prescrit par la justice pour contrôler la mesure d'éloignement. Ses modalités d'utilisation seront définies à l'issue d'une concertation avec les associations et les parlementaires lancée mi-octobre.

L'Espagne, qui en a généralisé l'usage cet été après un premier essai dans la région de Madrid, estime qu'il aurait permis de diminuer de 14% le nombre des décès dus à la violence conjugale. Le Parisien.


On peut, comme le fait Osiris dans son billet, déplorer que cette décision n'ait pas joui d'un meilleur écho dans la presse et sur les blogs essentiellement préoccupés par les moulinets sarkozistes ou les rebondissements de l'affaire Clearstream.


A croire que le tabouret du nano ou le cinéma Sarko-villepiniste ont davantage d'importance que les 156 femmes mortes sous les coups en 2008.



 

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